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Les CPES en césure
19 novembre 2017

Crédits : Philippine Chevalier, Victor Elie, Auguste Bergot

 

Soirées recherche avec M. Schreiber, après midi apprenti-artiste au Louvre avec Mme. Dasi, sessions intenses pour les DM de Mathématiques de M. London, sorties nocturnes à l'observatoire du vendredi, débats passionnés dans le cours de philosophie de Mme. Manonellas ... Aucun doute, notre curiosité et notre soif de savoir nous jouent des tours : au CPES, on n'arrête pas ! Jongler d’une matière à l’autre, vouloir se donner à 100% pour réussir, concilier tout ça avec ses activités extra scolaires, ou encore mettre plein d’énergie dans la pérennisation et la visibilité de ce cursus (BDE dans nos coeurs), les temps forts sont nombreux. Mais, c'est bien connu, le CPES a son lot d’indécis, d’étudiants qui aimeraient tout faire à la fois, n'ont pas forcément trouvé le temps de se chercher eux même et qui, une fois arrivés au terme du cursus, peinent à choisir leur spécialité. Faire une année de césure peut permettre de prendre le recul nécessaire sur son parcours : des étudiants du CPES l’ont fait, et ils vous en parlent ! 

Chloé, Auguste et Philine, à la fin de leur L3, ont ressenti le besoin de faire une pause académique pour goûter à des saveurs nouvelles : celles du monde du travail, et du voyage. Ils sont de plus en plus nombreux à s'offrir une année pour se découvrir, se recentrer, s'affirmer ou simplement tester des options possibles d’orientation.

Chloé (prom. 2014-2017), stagiaire chez Startup Inside

Chloé est entrée au CPES dans la filière Maths et Sociétés. En première année au Lycée Henri IV, elle suivait tous les cours des SESJ (Sciences Economiques Sociales et Juridiques), mais assistait aux cours de Mathématiques avec les Sciences. En deuxième année, à l'École des Mines, elle s'est concentrée sur la Sociologie et l'Économie, pour finalement obtenir son diplôme en 2017 après sa dernière année d'Économie, à l'Université Paris Dauphine. Chloé est principalement intéressée par l’entreprenariat et le secteur de la culture.

« J’ai eu du mal à choisir ce que je voulais faire, que ce soit en master ou dans ma carrière professionnelle. Avoir un ancrage professionnel me permet de préciser mon projet personnel. » Cette prise du recul lui permet aujourd’hui de travailler pour Startup Inside, une entreprise qui organise des évènements ayant pour but de faciliter l’innovation et le lancement de projets. Elle a décroché ce stage suite à la rencontre de l’un des dirigeants lors d’un évènement professionnel. Après deux mois chez Stratup Inside, Chloé tire déjà beaucoup de positif de cette expérience :

« Cela me permet à la fois de savoir ce que je veux et ce que je ne veux pas faire. J'ai remplit mon objectif : une expérience pratique et non théorique. De plus, je rencontre des gens très actifs qui travaillent sur de nombreux projets différents, ce que je trouve extrêmement stimulant. »

Quant aux aspects moins plaisants du stage :

 

« On est aussi confrontés à la réalité du monde professionnel, à des relations hiérarchiques pas forcément faciles à gérer. On retrouve un rapport à ce que l’on produit intellectuellement et à son travail qui est différent de celui que l’on peut avoir dans un cadre académique. Prendre son travail trop à coeur, c’est parfois devenir dépendant de facteurs que l’on ne contrôle pas car on travaille constamment en collaboration avec d’autres personnes. » 

Enfin, lorsqu’on lui demande un conseil pour un.e futur césurien.e, Chloé insiste principalement sur le fait qu’il faut arriver à se lancer : « Même si on a peur de se lancer, même si les procédures administratives peuvent être compliquées, c’est une expérience qui apporte beaucoup et qui est très valorisée, que ce soit dans le monde universitaire ou dans celui de l’entreprise. Il faut s’organiser et ne pas se décourager. »

Pour ce qui est du second semestre, Chloé recherche un stage en rapport avec la culture dans une institution publique. On lui souhaite une belle réussite!

 

 

Auguste (prom. 2014-2017), rédacteur en chef à la Relève et la Peste

 

Auguste a également été diplômé en 2017, mais il est quant à lui issu de la filière Humanités. Il fait ses deux premières années au Lycée Henri IV, avec une double majeure Histoire et Philosophie en deuxième année. Il termine son cursus à l'ENS, avec une majeure en Philosophie. Lui aussi a fait le choix de faire une année de césure. 

« A la fin de ma L3, j’étais un peu désespéré à l’idée de continuer mon parcours classique en faisant un master recherche de philo. J’avais vraiment du mal à voir l’intérêt pratique de tout ça. Il se trouve que, déjà pendant ma L3, j’avais trouvé un job de pigiste pour le média indépendant La Relève et La Peste. Je me suis beaucoup investi dedans, j’écrivais des articles tous les jours, et avais vraiment l’impression que ça me permettait de faire la jonction entre ce que j’avais pu apprendre et une action plus concrète sur la société. On m’a finalement proposé à la fin de l’année de travailler à temps plein comme rédacteur en chef de La Relève et La Peste ; j’ai clairement sauté sur l’occasion !"

Auguste n’était quand même pas très rassuré à l’idée de faire une coupure nette dans ses études. C'est pourquoi il a quand même décidé de s'inscrire dans un master à distance de Philosophie à Nanterre.

"Et du coup, confie-t-il, maintenant, j’ai l’impression d’avoir trouvé une voie qui me convient alors même que deux ans plus tôt je n’imaginais pas du tout que je m’orienterais vers les métiers du journalisme ! Pour moi, cette césure est vraiment une opportunité en or, j’apprends des choses tous les jours, rencontre des gens passionnants et ça me permet d’avoir un nouveau regard sur mon bagage universitaire que je trouvais très désincarné, abstrait, là où aujourd’hui il devient vraiment comme une sorte de boîte à outils. En tout cas je ne regrette rien de mon choix, même si, comme le disait Chloé, le plus dur reste de faire face à la phobie administrative ! » 

Philine (prom. 2013-2016), voyage au bout du monde et missions humanitaires 

“Une année sabbatique est et sera pertinente dans tous les cas si tu suis un fil conducteur dans ton projet professionnel !”  

Philine a suivi le parcours SESJ du CPES. En première année à Henri IV, elle a ensuite continué en double majeure Sociologie/Droit à l’École des Mines, option “langue arabe”. En troisième année, ellle s’est spécialisée dans la filière Sciences Sociales et Politiques à l’université Paris Dauphine, en suivant le parcours “Géopolitique”, pour approfondir sa connaissance de l’international. Philine avait, déjà alors, une grande curiosité pour comprendre le monde dans toute sa complexité. Elle aspirait à le changer pour tendre vers un meilleur avenir. Intéressée depuis son plus jeune âge par les métiers de l’humanitaire, elle avait effectué plusieurs missions “sur le terrain” dans différents pays. S’aventurer dans ce milieu relevait plusieurs défis, et notamment celui de prouver un engagement personnel très fort. Commence alors le début de sa réflexion, pour partir en césure. 

Il était nécessaire pour elle de conforter ses objectifs professionnels. Les acteurs de l'humanitaire qu’elle avait pu rencontrer disaient tous la même chose : “Les études c’est bien, c’est important. Mais il faut du terrain !”. Les quelques missions qu'elle avait effectuées dans le passé étaient trop courtes ou trop ciblées, et donc pas suffisamment représentatives du secteur dans sa globalité. “Je voulais donc voir de mes propres yeux, et apprendre autrement que dans les livres” affirme-t-elle. Ce que Philine rentient après sa césure, c'est que, dans l'humanitaire, il est nécessaire de se confronter à la difficile réalité, souvent violente ou choquante, d’un terrain, et ce sur un temps relativement long. 

Vouloir partir c’est bien, mais concrétiser ce désir, c’est mieux ! Après des mois de recherche et de préparation, son année était enfin plus ou moins planifiée, entre voyages de découvertes et missions humanitaires encadrées par des organismes internationaux, l’année allait être chargée ! 

Pour financer son départ, Philine a travaillé tout l’été, en tant que recrutrice de donateurs, et dans les champs de tomates australiens. Au cours de ses deux semaines au Japon, quatre mois en Australie, deux mois au Liban, un voyage à Singapour, quelques mois en France, et un tour d’Asie, Philine a pu se construire sereinement sur tous les pans de la vie quotidienne ; prendre confiance en elle face à la difficulté ou à la solitude, développer son autonomie, ainsi que renforcer sa maîtrise de l’anglais et de l’arabe. C’était aussi une façon de réaliser ses rêves, “c’était le moment de le faire, après c’est trop tard : on ne dit pas à son tuteur de stage qui offre un CDI en fin de master 2 qu’on veut partir en van faire le tour de l’Australie !” nous dit-elle. C’était “le moment ou jamais” de partir voyager et assouvir cette soif de découverte, sans que cela ait de conséquence négative sur sa carrière professionnelle. 

 

 

La pluridisciplinarité ... jusqu'au au Liban !

L'expérience que Philine a vécu au Liban était très complémentaire, alternant entre les travaux de terrains et travaux du siège.

"Le matin, je me rendais sur un camp de réfugiés Syriens, pour faire une remise à niveau scolaire, donner des cours de langues ou de sports, et venir en aide à l'application de divers programmes (santé sexuelle et reproductive des femmes du camps, sensibilisation aux problèmes environnementaux...). Durant l'après-midi, je m'occupais de la recherche de fonds et de potentiels partenariats. Je m'occupais de faire des rapports pour les bailleurs de fonds, d'organiser des réunions ou encore de régler les problèmes administratifs. Il fallait, entre autre, gérer des cas d'enfants à scolariser dans les écoles publiques libanaises."

Elle ajoute :

 “Ca a été une des expériences les plus riches de ma vie, qui m’a confirmé que je voulais m’engager dans ce secteur sur le long terme, et surtout m’a aidée à affiner mon projet professionnel”.

C’est notamment les rencontres professionnelles et personnelles extrêmement enrichissantes qu’elle a pu avoir qui l’ont aiguillée en ce sens. En effet, travailler dans l’humanitaire veut tout et rien dire. En revenant en France, elle savait mieux sur quelles thématiques s’engager (droits des femmes notamment), et dans quelle région du monde le faire… Le plus important dans cette consolidation de projet de vie a surtout été le regard critique sur l’humanitaire qu’elle a pu y développer, justement hors de celui des livres, “le vrai” selon elle ; permettant d’envisager la faiblesse de programmes mis en place et de démystifier - entre autres - l’action des pays développés dans les pays moins développés. 

“J’ai appris à me désillusionner des métiers du secteur (et je pense c’est essentiel avant de se lancer !) - entrer dans le vif du sujet. Réfléchir à la pertinence des interventions humanitaires. En bref, ne plus seulement me dire : 'je veux travailler dans l’huma', mais pourquoi je veux travailler là-dedans, pour quel type d’organisation, comment je veux exercer mon travail, avec quelle éthique, rentrer dans une autre phase de problématisation du métier.”

Philine nous explique qu'en plus d’être convaincue d’aller dans cette voie, elle est devenue déterminée. Si c'était à refaire, elle n'hésiterait pas une seconde...

Reprendre son souffle, pour mieux se lancer dans les études

"Prendre une césure était une décision complémentaire avec mon parcours, qui ne revient pas du tout à renier mes étudesUne année sabbatique est et sera pertinente dans tous les cas si tu suis un fil conducteur dans ton projet professionnel !” conclut-elle.

Elle a d'ailleurs repris un master 1 en alternance, en relations internationales à l’IRIS SUP (Institut de Relations Internationales et Stratégiques). 

"Le CPES m'a donné les bases, le cadre pour travailler efficacement, les bons outils et la réflexivité, etc., autant d’éléments agissant comme une véritable carte d’entrée dans le monde académique".

Forte de son bagage pluridisciplinaire, elle a trouvé l’organisme dans lequel réaliser ses 3 jours de stage requis pour son alternance, dont la mission est soumise à la discrétion, c’est pourquoi nous n’en dirons pas plus. Mais cette mission lui plait énormément et elle continue de creuser des thématiques qui lui tiennent à cœur.

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